Le ciel est à nous de Luke Allnut

Bonjour à tous,

       J’ai eu la chance de recevoir il y a quelques semaines le premier roman de Luke Allnut : Le ciel est à nous, grâce à la masse critique de Babelio. J’étais un peu perplexe en le commençant car la quatrième de couverture le comparait à Nos étoiles contraires et même si je l’avais bien aimé, je n’avais pas envie de lire un énième roman dans le même genre. Finalement, je suis très contente de l’avoir reçu car ce fut vraiment une bonne surprise.

Couverture Le ciel est à nous

Résumé :

        Rob Coates vit en Cornouailles et partage son existence solitaire entre l’alcool et les aventures d’un soir. La brume ne se lève que lors de ses promenades aux airs de pèlerinages : Rob retourne sur les lieux où il a emmené son jeune fils Jack. Il prend alors des photos panoramiques qu’il poste sur son site, baptisé « Le ciel est à nous ». Derrière ces rares moments de grâce se dévoile, par instantanés, ce que cache la détresse de Rob : l’amour avec Anna, son ex-femme, la réussite professionnelle, un fils chéri, leur complicité partagée. Et puis le drame, et un champ de ruines.
Rob fait de son mieux pour se détruire à petit feu, mais une découverte va le forcer à se remettre en question. Il lui faudra revenir aux sources de sa peine et projeter une lumière nouvelle sur son histoire.
Au-delà du chagrin et de la culpabilité, pourra-t-il trouver la paix et se réconcilier avec le monde ?

Mon avis :

       Si ce roman est comparé à Nos étoiles contraires c’est uniquement parce qu’il traite de la maladie du cancer. Ni le public auquel il se destine, ni les personnages et encore moins l’histoire ne sont comparables à ce dernier. En effet, nous suivons Anna et Rob, un jeune couple anglais qui, après bien des problèmes pour avoir un enfant, donne finalement naissance à Jack.
          Jack est un petit garçon plein de vie qui aime par dessus tout les pokémons et les sites en hauteur. Seulement, 5 ans après sa naissance, quelques vertiges et des moments d’absences alarment Anna et Rob. Le verdict tombe comme un couperet : Jack est atteint d’une tumeur au cerveau.
        La force de ce roman est qu’il ne tombe jamais dans le pathos et les bons sentiments mais qu’au contraire, tous les sentiments ô combien complexes des personnages sont retranscrits de manière ultra réalistes et presque palpables. Le roman n’est pas centré sur Jack mais sur le couple d’Anna et Rob qui se cristallise autour de Jack. En effet, le roman commence par une ellipse dans lequel on nous indique qu’Anna est partie et que Rob a sombré dans l’alcool. Même si l’on sait dès le départ les plus gros aboutissements de l’histoire, l’auteur arrive à nous tenir en haleine tout au long du roman car ce que l’on cherche à savoir avant tout, c’est ce qui a bien pu se passer pour en arriver là. D’ailleurs tous les a priori que l’on pouvait avoir au départ sur la  situation des personnages se transforme lorsque l’on découvre leur psychologie.

       Bref, ce roman est une pépite qui traite très bien du sujet de la maladie que l’auteur maîtrise puisqu’il débutait lui-même une chimiothérapie lorsqu’il l’a écrit. Malgré son sujet difficile, je le conseille à tout le monde car il est vraiment plaisant à lire et nous fait passer par tout un panel d’émotions.

Extrait :

Les gens répètent qu’on n’oublie jamais. On se souvient toujours de la sensation de leurs doigts. La douceur de leur peau. Leur sourire si doux, irrésistible. Leur rire qu’on croit entendre dans le salon lorsqu’on fait la vaisselle. On n’oublie jamais.
Tu parles. On oublie, et plus vite qu’on aimerait le croire. On oublie et ensuite on culpabilise, parce qu’on a l’impression d’être un hypocrite et de ne pas avoir vraiment aimé l’être cher.

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La Perle et la Coquille de Nadia Hashimi

Bonjour à tous !

      Je me suis absentée un petit moment mais il était nécessaire que je revienne pour vous parler de ce roman. J’avais entendu parlé de La Perle et la Coquille à sa sortie en grand format il y a trois ans sur la blogosphère où il était alors encensé par tout le monde. Je n’ai donc pas tardé à me le procurer mais il a quand même traîné dans ma bibliothèque un certain temps avant que je ne songe à le lire.

Couverture La perle et la coquille

Résumé :

     Kaboul, 2007. Depuis qu’il a été enrôlé dans les forces talibanes, le père de Rahima n’est plus que l’ombre de lui-même. Sans lui, sa mère et ses sœurs n’ont pas le droit de quitter la maison. Leur seul espoir réside dans la tradition des bacha posh, qui autorise sous certaines conditions, à travestir une fille jusqu’à ce qu’elle soit en âge de se marier. Rahima devient alors Rahim, et découvre une liberté qui va faire naître en elle un désir d’émancipation aussi fort que celui qu’éprouva son aïeule, Shekiba, un siècle plus tôt. Les destinées de ces deux femmes se font écho, et permettent une exploration captivante de la condition féminine en Afghanistan.

Mon avis :

      J’avoue que j’avais un peu peur en commençant ce roman n’étant pas habituée à la littérature et à la culture afghane en général. Cependant, nous sommes très rapidement plongés dans cette histoire où se mêlent péripéties, drames et surtout émotions. Nous suivons deux destins de femmes de deux générations différentes en parallèle : Shekiba l’arrière-grand mère et son arrière-petite fille, Rahima. Si les deux ne se sont jamais rencontrés du vivant de Shekiba, elle entend l’histoire de son ancêtre par sa tante et y trouve de fortes résonances à sa propre histoire. En effet, les deux sont en lutte perpétuelle pour affirmer leur propre identité en tant que femmes. En Afghanistan où celles-ci sont sans cesse rabaissées et entravées et ne sont considérées que en tant qu’épouse et mère, les deux n’ont d’autre choix pour trouver un semblant de bonheur et de liberté que de se travestir en homme. Cette échappatoire  ne dure cependant qu’un temps car leur rôle de femme va vite les rattraper. Pourtant, ni Shekiba ni Rahima ne renonce à cette volonté de liberté ce qui va souvent leur porter préjudice. L’écriture de ce roman, fluide et légère participe au fait que le roman se lise très rapidement. Les deux héroïnes sont toutes les deux très attachantes et on prend réellement plaisir à suivre leurs destins qui ne sont pas sans rebondissements et sans obstacles. Cela m’a fait prendre conscience naïvement de ma chance d’être née en France car même si il y a encore des éléments à ajuster, la condition féminine en Afghanistan reste elle, extrêmement limitée et n’a pas beaucoup évoluée en l’espace d’un siècle.

    Bref, ce roman vous transporte, vous révolte et vous bouleverse toujours avec la plus grande justesse. Je ne pense pas que j’oublierais facilement l’histoire de ces deux femmes qui reflète la réalité d’un problème de société qui est encore loin d’avoir disparu. 

Citations :

« Mon père veut nous marier de force.
Un frisson d’effroi parcourut ma colonne à cette idée. Je compris ce que ma mère savait déjà. Les hommes pouvaient faire ce qu’ils voulaient des femmes. »

« Je ne pouvais m’imaginer Parwin mariée, pas plus que je ne pouvais nous imaginer mariées, mes autres soeurs et moi. Je m’endormis après cela. Je rêvai de filles sous des voiles verts, des centaines de jeunes filles, gravissant la montagne vers le nord de la ville. Un courant émeraude glissant vers le sommet, où, une par une, elles tombaient de l’autre côté, les bras ouverts comme des ailes mais n’ayant jamais appris à voler. »

« – Tu verras plus tard. Chaque petit effort porte ses fruits. Regarde-moi. j’ai la chance de savoir lire. C’est une bougie dans une pièce sombre. Ce que j’ignore, je peux le découvrir par moi-même. Il est plus facile de duper quelqu’un qui n’a pas cette autonomie. »

 

Le premier jour du reste de ma vie de Virginie Grimaldi

Bonjour à tous !

      Aujourd’hui je vous présente un roman que j’ai acheté un peu par hasard puisque la couverture m’a fait penser à l’été et aux vacances donc idéal pour la saison. Finalement cette lecture m’a conquise bien plus que je ne le pensais au départ et j’ai été transporté avec nos trois héroïnes dans leur tour du monde en croisière.

Résumé :

       Marie a tout préparé pour l’anniversaire de son mari : gâteaux, invités, décoration de l’appartement… Tout, y compris une surprise : à quarante ans, elle a décidé de le quitter. Marie a pris « un aller simple pour ailleurs ». Pour elle, c’est maintenant que tout commence. Vivre, enfin. Elle a donc réservé un billet sur un bateau de croisière qui fait le tour du monde. À bord, Marie rencontre deux femmes qui, elles aussi, sont à la croisée des chemins. Au fil de leurs aventures, parfois loufoques, elles pleurent et rient ensemble, à la reconquête du bonheur. Leurs vies à toutes les trois vont être transformées par ce voyage au bout du monde… Tout quitter pour tout recommencer : une comédie tendre et savoureuse !

Mon avis :

       Dans ce roman, nous suivons le personnage de Marie, qui, à l’approche de la quarantaine sent que sa vie s’enlise complètement entre des rêves de voyages laissés de côté et un mari qui la traite davantage comme une plante verte que comme sa femme. Elle décide alors de tout plaquer et de partir réaliser son plus grand rêve : faire le tour du monde. C’est ainsi qu’elle va s’inscrire à une croisière qui se spécialise dans les personnes seuls (célibataires, divorcés ou bien veufs) et qui comptent bien le rester. Si elle s’attend à voyager en tête à tête avec elle même pour se retrouver, Marie va très vite se lier d’amitié avec deux femmes que tout oppose que ce soit la génération ou bien le caractère. La première, Camille a la vingtaine, et considère la croisière comme une opportunité de remplir son tableau de chasse ; la deuxième, Anne, 60 ans, peine à se remettre de sa séparation avec celui qu’elle considère comme son seul et unique amour. Toutes les trois sont donc dans l’attente d’un renouveau, de quelque chose qui va changer leurs vies à tout jamais. La croisière va leur permettre de se chercher et de s’épanouir ensemble dans cette nouvelle vie.

      Pour une fois dans ce genre de roman, les relations amoureuses ne sont pas au premier plan et, même si elles ne sont bien sûr pas totalement évincées non plus, elles passent pourtant au deuxième plan derrière la relation amicale qui lie les trois femmes entre elles. Au fil de l’histoire, on voit leur amitié évoluer et se renforcer jusqu’à devenir vitale pour les trois héroïnes. Elles vont vivre des aventures complètement folles à travers tous les pays qu’elles visitent et on se sent vraiment voyager avec elles à bord de la croisière. D’autres personnages vont venir se greffer à l’histoire et sont tous vraiment attachants et bien pensés.

       Ce roman est vraiment idéal quand on rêve d’évasion ou juste pour se vider l’esprit. Il est drôle, touchant et terriblement prenant. Je le conseille à tous, que ce soit les vacances ou pas pour vous, c’est une lecture qui vous en donne par procuration ! 😉

Citations :

La vie, c’est comme un tour de magie. Quand on est enfant, on ne voit que le devant de la scène. C’est fabuleux, on s’émerveille, on se pose des questions, on a envie d’en savoir plus. Et puis, on grandit. Peu à peu, les coulisses se dévoilent, on réalise que c’est compliqué. C’est moins joli, c’est quand même parfois moche, on est déçu. Mais on continue quand même à s’émerveiller.

Croyez-moi, l’amour peut frapper à tout âge, partout. Même quand on ne l’attend pas. Il serait dommage de lui tourner le dos. Nous allons tous au même endroit ; autant rendre le chemin plus heureux.

 

 

 

 

 

Les gens heureux lisent et boivent du café d’Agnès Martin-Lugand

Bonjour à tous,

       Je reviens aujourd’hui pour vous parler d’une auteure dont on entend beaucoup parler depuis un petit moment et qui tourne beaucoup sur la blogosphère : Agnès Martin-Lugand. Evidemment, j’ai commencé avec son premier roman : Les gens heureux lisent et boivent du café qui est celui qui l’a fait connaître et qui maintenant a même une suite.

Couverture Les gens heureux lisent et boivent du café

Résumé :

       « Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier. J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux. »
Diane perd brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son cœur, qui continue de battre.
Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Égarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence.
C’est peut-être en foulant la terre d’Irlande, où elle s’exile, qu’elle apercevra la lumière au bout du tunnel.

Mon avis :

         Je me suis lancée dans cette lecture sans rien connaître de l’histoire avec comme seul indice ce joli titre qui laisse à penser que le contenu du roman tournera autour de globalement : les gens heureux, les livres et du café. Je ne m’attendais donc pas à un sujet si triste abordé dès le début de celui-ci : le deuil que doit subir Diane après la perte de sa fille et de son mari dans un tragique accident de voiture. Au début de l’histoire, nous sommes plongés dans la tristesse de cette femme, jeune maman, femme épanouie, heureuse et patronne d’un café littéraire en plein centre de Paris qui a tout perdu du jour au lendemain. Celle-ci, plusieurs mois après, est encore  totalement perdue dans le dur chemin de la reconstruction, aidée seulement par son meilleur ami totalement excentrique : Félix. Pour s’échapper de la pression constante de son entourage et pour rendre hommage une dernière fois à son mari et à sa fille, elle décide sur un coup de tête de partir vivre en Irlande, dans un petit village isolé ou elle pense qu’elle pourra enfin être tranquille, seule avec son chagrin. C’était sans compter l’accueil chaleureux des irlandais et son mystérieux et brutal voisin de cottage qui l’agace constamment. Elle va, grâce à son nouveau domicile, apprendre à sortir de sa bulle peu à peu et s’ouvrir progressivement aux autres ce qui ne va pas plaire à tout le monde.
        Ce roman est typiquement le genre de roman feel-good qui se lit très rapidement et qui fait du bien au moral. On s’attache très vite aux personnages et à leurs histoires et on veut savoir comment cela va se terminer pour Diane.
     Si j’ai largement préféré le début de l’histoire, porteuse de beaucoup d’émotions et réellement touchante, j’ai un peu moins aimé la suite dans laquelle j’ai trouvé que les stéréotypes s’accumulaient en même temps que l’histoire s’accélérait beaucoup trop rapidement à mon goût. De plus, si l’auteure essaye de justifier le comportement souvent infecte d’Edward envers Diane, je n’ai pas trouvé ces justifications suffisamment valables et c’est ce qui m’a un peu rebuté dans la suite de ma lecture. Le reste du roman est quand même très agréable, on explore la vie irlandaise à travers les yeux de Diane et cela nous donne aussi une grande envie d’ouvrir un café littéraire aussi sympathique que « les gens heureux lisent et boivent du café ».

Bref, un joli roman qui se lit très vite, à emporter dans son sac de plage cet été par exemple 😉

Extrait :

– Maman, s’il te plaît?
– Clara, j’ai dit non.
– Allez, Diane. Laisse-la venir avec moi.
– Colin, ne me prends pas pour une imbécile. Si Clara vient avec toi, vous allez traîner, et on partira en vacances avec trois jours de retard.
– Viens avec nous, tu nous surveilleras!
– Certainement pas. Tu as vu tout ce qu’il reste à faire?
– Raison de plus pour que Clara vienne avec moi, tu seras peinarde.
– Maman!
– Bon, très bien. Filez! Oust! Je ne veux plus vous voir.
Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier.
J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux.

Les faux-monnayeurs d’André Gide

Bonjour à tous !

      Aujourd’hui, je vais vous présenter un roman classique français : Les faux-monnayeurs d’André Gide qui est, si je ne me trompe pas, au programme du Bac de littérature cette année. J’avais déjà abordé André Gide à la fac avec Les caves du Vatican, que j’avais trouvé sympa et facile à lire mais qui finalement ne m’a pas laissé un souvenir inoubliable. J’ai donc retenté ma chance avec un autre de ses romans les plus connus.

Couverture Les faux-monnayeurs

Résumé : 

          Qu’un jeune garçon apprenne qu’il n’est pas le fils de son père, qu’il décide de ne pas se présenter à ses examens et de partir au hasard de certaines rencontres : jusque-là, rien que de très commun. Mais qu’il croise la route tordue de faussaires en tout genre, d’enfants qui trafiquent de la fausse monnaie ou de tricheurs ès sentiments, et l’histoire se transforme en une folle épopée où les différents fils se mêlent et s’emmêlent pour mieux finir par démêler tous les mensonges. Singulier roman que cette croisée de destins et de personnages : il surprend et fascine, tant il ne ressemble à rien de connu tout en conservant une structure parfaitement attendue. Manière de symphonie, où Gide, qui tenait Les Faux-Monnayeurs pour l’un de ses textes les plus aboutis, orchestre les thèmes qui lui sont chers : l’adolescence et ses tourments, les troubles d’identité, mais surtout le mensonge, le faux sous toutes ses facettes, qu’il débusque avec acharnement, pour qu’enfin les masques tombent.

Mon avis : 

        Dans ce roman, nous gravitons autour de plusieurs personnages dont les destins se mêlent et s’entremêlent. Les personnages principaux ont tous des caractères bien différents, entre Bernard le téméraire éprit de liberté, Olivier l’ami fidèle mais un peu naïf sur les bords et Edouard l’écrivain torturé. Ils partagent pourtant tous les trois un point commun : le fait de se chercher tout au long de l’histoire puisqu’ils sont tous plongés dans une profonde crise existentielle. Ils vont ainsi peu à peu s’affirmer à l’aide de plusieurs autres personnages secondaires qu’ils vont croiser et qui vont les influencer tantôt positivement, tantôt négativement. 

       La force de ce roman est la pluralité des points de vue qui permet de se faire une idée plus globale de la psychologie des personnages. Dans Les faux-Monnayeurs, André Gide exprime ses théories littéraires à travers le personnage d’Edouard ce qui confère un effet de mise en abyme puisque le roman que prépare celui ci se nomme également Les faux-monnayeurs. Ceci permet notamment de débattre au sein de son récit sur les limites entre la réalité et la fiction et notamment sur les notions de vraisemblance et faux semblants ce qui était d’ailleurs précurseur de la veine du Nouveau Roman. Pour mettre en pratique ses théories, il n’hésite pas à mêler à ses personnages de fiction d’autres bien réels notamment le célèbre Alfred Jarry et se permet également d’intervenir directement au sein de l’histoire donnant son avis sur certaines situations et jugeant par conséquent ses propres personnages.

         Si j’ai beaucoup aimé toutes ses réflexions autour de la littérature remises dans le contexte de l’époque, le récit en lui-même ne m’a pas happé plus que cela, je l’ai même trouvé plutôt long à certains moments. Le fait qu’il y ait autant de personnages et de points de vue est aussi une faiblesse puisque cela ne permet pas d’approfondir leurs histoires respectives et donc de s’y attacher. Enfin, je comprends surtout l’intérêt littéraire de ce roman qui permet de se faire une idée sur les questionnements des écrivains à cette époque et rien que pour cela je pense qu’il vaut le coup de s’y plonger, d’autant plus qu’il se lit très bien ! 🙂

Extrait :

L’analyse psychologique a perdu pour moi tout intérêt du jour où je me suis avisé que l’homme éprouve ce qu’il s’imagine éprouver. De là à penser qu’il s’imagine éprouver ce qu’il éprouve… Je le vois bien avec mon amour: entre aimer Laura et m’imaginer que je l’aime-entre m’imaginer que je l’aime moins, et l’aimer moins, quel dieu verrait la différence? Dans le domaine des sentiments, le réel ne se distingue pas de l’imaginaire. Et, s’il suffit d’imaginer qu’on aime, pour aimer, ainsi suffit-il de se dire qu’on imagine aimer, quand on aime, pour aussitôt aimer un peu moins, et même pour se détacher un peu de ce qu’on aime- ou pour en détacher quelques cristaux. Mais pour se dire cela ne faut-il pas déjà aimer un peu moins?

 

Les filles au chocolat tome 1 : Cœur Cerise de Cathy Cassidy

Bonjour à tous !

     Aujourd’hui je vais vous parler du premier tome d’une série jeunesse que j’avais hâte de commencer : Les filles au chocolat de Cathy Cassidy. La série compte aujourd’hui 6 tomes et 4 hors séries donc je suis un peu en retard mais j’en ai entendu tellement de bons avis que j’ai pris enfin le temps de la commencer.

Couverture Les filles au chocolat, tome 1 : Coeur cerise

Résumé :

      Cherry, 13 ans, et son père Paddy s’installent en Angleterre chez Charlotte, sa nouvelle compagne qui a quatre filles : Coco, 11 ans ; les jumelles Summer et Skye, 12 ans, et Honey, 14 ans. Cherry est ravie de faire partie d’une famille nombreuse. Mais, à peine arrivée, elle craque bien malgré elle pour Shay, le petit copain de Honey. Voilà qui ne va pas arranger la cohabitation déjà difficile avec Honey, la seule à ne pas accepter l’arrivée de son nouveau beau-père ! Alors que tous participent à la création d’une fabrique artisanale de chocolats, Cherry se retrouve partagée entre l’affection pour ses nouvelles soeurs et le charme irrésistible de Shay…

Mon avis :

         Pour commencer, je pense que j’aurais aimé bien davantage cette série si j’avais eu l’âge à laquelle elle se destine, c’est à dire aux alentours de 12/13 ans. C’est typiquement le genre de série très féminine et fleur bleue que j’aimais lire à cet âge (dans le genre 4 filles et 1 jean ou Le journal d’une Princesse). Néanmoins, j’ai quand même pas mal apprécié ma lecture car le récit en lui même est plutôt original et sympathique. Nous prenons plaisir à suivre Cherry et son père se reconstruire une nouvelle vie au sein du clan très féminin des Tanberry et essayer de s’y intégrer tant bien que mal. Et puis, bien sûr, la fabrique de chocolats artisanaux est un plus pour la série pour ceux qui, comme moi, raffolent de chocolat. J’ai beaucoup aimé suivre ces personnages atypiques et aux grands cœurs que sont les sœurs Tanberry. Même Honey qui paraît à bien des égards très énervante mais qui, j’en suis sûre, deviendra un personnage très intéressant dans la suite de la série. J’ai par contre été assez vite lassée de la romance entre Cherry et Shay, le petit ami d’Honey qui est quand même très, très mielleuse et beaucoup trop peu crédible à mon goût. Il y aussi certaines répétitions et maladresses d’écriture que l’on retrouve souvent dans les romans jeunesse et qui tendent à gâcher le plaisir de la lecture. Malgré cela je trouve que c’est une chouette série pour les plus jeunes et je la continuerai de mon côté pour découvrir la suite des aventures des filles au chocolat ! 🙂

Extrait :

Après trois heures de route, la pluie cède la place à un grand soleil et un immense arc-en-ciel qui scintille au-dessus de l’autoroute. Nous nous arrêtons à une station-service pour prendre un café et un milk-shake, et manger en douce les sandwiches au fromage en les cachant sous la table de la cafétéria.
Je sors de mon sac les lettres envoyées par trois des filles de Charlotte – Skye, Summer et Coco – qui me parlent d’elles et me souhaitent la bienvenue. La lettre de Skye est écrite au stylo argenté sur du papier noir et parsemée de minuscules étoiles d’argent. Elle y décrit sa passion pour l’astrologie, l’histoire et les robes achetées dans les vides-greniers – super bizarre. Celle de Summer, en violet sur papier rose pâle, ne parle que de danse classique et de son rêve de savoir faire les pointes et de devenir danseuse étoile. La dernière lettre, celle de Coco, est rédigée au crayon sur un bout de papier déchiré qui a l’air d’avoir été mâchouillé par un chien, voire les deux. Coco est fan des animaux et adore grimper aux arbres. Elle m’explique qu’un jour, elle compte bien avoir un lama, un âne et un perroquet. Je ne sais pas vraiment si ces lettres me rassurent. Papa a déjà rencontré les filles. Mais pas moi, car les jours de congé qu’il a réussi à prendre pour aller dans le Sud sont toujours tombés en semaine, alors à chaque à chaque fois, j’ai été obligée de rester à Glasgow chez Mrs Mackie. Maintenant, je me dis que j’aurais préféré les connaître un peu.

De cape et de mots de Flore Vesco

Bonjour à tous !

         Aujourd’hui je vais vous parler du premier roman de Flore Vesco, une auteur française qui a écrit à ce jour deux romans jeunesse et dont j’entends toujours énormément de bien. J’ai craqué sur De cape et de mots au salon de Montreuil où il a reçu le prix « la voix des blogueurs ». Je n’ai pas attendu très longtemps pour me lancer ensuite, tant j’étais curieuse ! 🙂

Couverture De cape et de mots

Résumé :

      Serine, en dépit de la volonté de sa mère, refuse de se marier. Mais pour sortir ses frères de la pauvreté, elle doit agir. Sa décision est prise : elle sera demoiselle de compagnie ! La tâche s’annonce difficile : la reine est capricieuse, antipathique, et renvoie ses demoiselles aussi souvent qu’elle change de perruque. Mais Serine ne manque pas d’audace et, tour à tour, par maladresse ou génie, se fait une place. Elle découvre alors la face cachée de la cour : les manigances, l’hypocrisie et les intrigues… et tente de déjouer un complot.

Mon avis :

        Sérine, jeune fille audacieuse et malicieuse, décide de faire son entrée dans la cour pour échapper à un mariage forcé auquel sa mère la destine. La jeune fille parvient par une heureux hasard à intégrer le groupe convoité des Demoiselles, au service d’une reine au tempérament plutôt tyrannique. Elle fait alors preuve de ruse et d’adresse pour satisfaire les caprices de la Reine et découvre malgré elle qu’une sombre machination est en cours pour faire tomber le Roi. Travestie en bouffon, elle se rapproche de ce dernier et tente de déjouer les complots qui le menace. Provocante et plus audacieuse que jamais dans son costume, elle regorge d’inventivité pour jouer des tours à la cour en montrant le vrai visage de tous ces courtisans aussi hypocrites que corrompus.
         Ce roman est très court ( 180 pages) mais Flore Vesco signe un petit bijou d’imagination. En effet, j’ai adoré son écriture pleine de fantaisies et de subtilités langagières qui donnent un côté ludique et enfantin à son récit. Même s’il est orienté jeunesse, je pense qu’il n’y a pas d’âge pour le lire si ce n’est à partir de 13/14 ans car certaines scènes sonnent bien plus adulte que jeunesse.
       Des complots au coeur de la cour, une héroïne courageuse et intrépide, des bourreaux aux cœurs tendres, des aventures rocambolesques et une écriture agréable et inventive, moi, j’adhère à 100% ! Un gros coup de coeur en attendant de lire son deuxième roman : Louis Pasteur contre les loups-garous que je mets dès maintenant dans ma wishlist. Foncez, vous ne regretterez pas ! 🙂

Extrait :

Elle ouvrit la bouche, persuadée qu’aucun son n’allait en sortir. Elle s’entendit alors déclarer :
– Majesté, vous êtes plus ravissantes qu’un… qu’une esperlune.
S’ensuivit un silence magistrale, au cours duquel Serine eut tout loisir de s’étonner de ce mot improbable qu’elle venait d’inventer.
La reine resta d’abord interdite. Mais elle craignit, en demeurant silencieuse, qu’on s’imagine qu’elle n’avait pas compris ce mot étrange. Elle prit son air le plus savant, et s’exclama :
– Mais la comparaison est absolument charmante ! Redites- moi votre nom?
Tout le monde regarda avec intérêt cette nouvelle demoiselle si cultivée. Cette dernière s’enhardit jusqu’à répondre :
– J’ai déjà abusé de votre patience en vous le donnant à entendre une première fois. Si vous le permettez appelez-moi Serine, Votre Majesté.
La reine hocha la tête avec indulgence.
C’était la première fois que Sa Majesté prenait la peine de répondre au compliment d’une demoiselle. Après un tel événement, nul n’osa se ridiculiser en demandant ce qu’était une esperlune. Au contraire il devint chic de l’employer à tout va.